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  • Vague dans l’âme

    Etre-à-soi-fleurs-rouges

    Sensation au niveau de la poitrine, très difficile à décrire. Doux et comme un peu mouillé, c’est légèrement dilaté et tiède. L’image d’une vague qui se dépose doucement sur la rive sableuse de mon sternum. Envie de rien, si ce n’est d’écouter les instants qui s’égrènent au rythme de ma respiration. Pensées au repos, elles font la sieste, enfin.

    La vague s’étale, prend de l’espace dans mon corps pour venir s’écouler dans les bras, les mains. Ses petites bulles salées s’insinuent dans le ventre, le dos, le bassin… lentement. Une musique silencieuse remplit mon être, une présence bienfaisante. Mes jambes sont lourdes, mollets, chevilles. Des pieds énormes s’enfoncent dans le sol sableux, ancrage.

    La perception du temps change, il y a juste maintenant, toujours. A chaque inspiration – expiration le constat d’une existence vécue qui se grave dans le marbre liquide d’une mémoire qui se joue de moi, de ma volonté d’être quelqu’un. Là, je constate que je suis. Sans artifices, sans croyances, sans peurs je suis le moment qui est. Il n’est rien de ce que j’en pense, il n’a pas besoin de ça. Simplicité, évidence. Pas de contrôle, donc pas de peur.

    La Vie n’a pas besoin de moi, mais sans moi elle ne pourrait pas se voir, se sentir, se goûter, s’entendre et même se penser de cette façon particulière. Alors je comprends que je suis la Vie elle-même. Elle revêt cet aspect singulier qui est ma forme, comme des milliards d’autres formes, toutes uniquement semblables, car toujours elle. Elle qui est sans forme insuffle le mouvement dans les objets.

    Sensation de plénitude et de vide à la fois, expérience profonde qui maintient mon être tout entier. Joie puissante mais sans éclats, goût de force tranquille qui n’a pas besoin de se faire valoir.

    Je perçois intimement que “ma “ vie ne m’appartiens pas, elle ne m’est pas prêtée non plus. C’est une énergie mystérieuse qui a créé et ensuite anime cette entité corps-esprit-émotions à laquelle on a donné un prénom et un nom, par commodité.

    Tous les corps sont et baignent dans d’incessantes vibrations, mouvements. C’est pour cela que de vouloir figer des croyances, des habitudes, des relations, des situations s’avère purement utopique. Essayons de voir la vie pour ce qu’elle est : sans cesse nouveautés, créativité, changement, surprises, deuils, naissances. Laissons-nous bercer par l’ingéniosité du mystère.

    Et simplement goûter la vie qui nous crée à chaque instant…

    Christian Patouillard

  • La Question

    Mer calme qui se perd dans la brume

    En tant que formateur, praticien en énergétique et encadrant technique, je suis régulièrement confronté à la souffrance des individus. Depuis 2001 que je pratique, j’ai acquis la certitude que toute souffrance peut se transformer, avec le temps. Il s’agit avant tout d’apprendre à se positionner à l’intérieur de soi, l’extérieur paraîtra ainsi moins agressif, voire une aide précieuse quand il y a désir d’évolution.

    Ce questionnaire a été conçu pour ceux et celles qui se remettent en question, ceux qui trouvent que quelque chose ne tourne pas rond dans leur monde et qui cherchent des réponses solides, pratiques et vraiment utiles pour se sentir mieux.

    Le pourquoi de ces questions :

    La manière dont j’ai en partie vécu mon enfance m’a poussé à me poser les questions suivantes : pourquoi un des êtres qui comptent le plus pour moi ne m’aime pas ? Pourquoi autant de violence, verbale et physique ? Pourquoi les gens qui disent aimer les autres, les font autant souffrir ? A quoi la souffrance peut-elle bien servir ? Et bien d’autres encore.

    Je ne sais pas pourquoi, mais chez moi cela est resté jusqu’à aujourd’hui encore. Et cela m’a permis, grâce à de très nombreux stages et formations suivis, à lecture de livres, aux rencontres étonnantes de gens merveilleux, aux expériences fortes et souvent salvatrices de comprendre certains de mes mécanismes les plus intimes. Ces compréhensions me permettent de ressentir maintenant une grande stabilité émotionnelle. Et j’ai envie de partager mes connaissances avec celles et ceux qui ont cet élan vers eux-mêmes, cet élan d’un mieux-être qui n’est pas basé sur l’avoir mais sur l’être. Pour que ce que j’ai appris (et continue d’apprendre) serve un tant soit peu à d’autres qu’à moi.

    « Tout bonheur en ce monde vient de l’ouverture aux autres; toute souffrance vient de l’enfermement en soi-même. »

    Les questionnaires se divisent en parties d’une vingtaine de questions. Tu as reçu la première partie, si tu en veux d’autres il te suffira de me le faire savoir.

    Les questions sont classées en 5 thèmes : Émotionnel – Relationnel – Mental – Sensoriel – Autres.

    Les réponses qui en découleront pourront bien sûr s’étaler sur tous les thèmes.

    Buts de ce questionnaire :

    – t’aider à aller vers toi de manière plus sereine

    – communiquer plus facilement avec les autres, dans tous les domaines

    – découvrir ta propre force d’adaptabilité

    – trouver une certaine forme d’ancrage, indispensable pour « affronter » les vicissitudes de la vie

    – obtenir des réponses qui peuvent calmer ton esprit

    – te connecter avec ton intelligence intuitive

    Comment utiliser ce questionnaire :

    – commence par la question qui t’attire, qui te « parle » en ce moment,

    – place-toi dans un endroit calme, le corps détendu,

    – lit plusieurs fois la question et laisse la infuser en toi,

    – reste à l’écoute de tes sensations corporelles, de tes émotions et de tes pensées sans les juger, sans chercher à les interpréter,

    – note sur ton cahier ce qui apparaît,

    – si tu en ressens la nécessité, recommence ce même processus avec cette même question, autant de fois que tu veux,

    – laisse ensuite reposer quelques temps puis relis tes notes. Laisse des recoupements éventuels se faire tous seuls, une forme de compréhension peut apparaître à ce moment là,

    – le maître mot de tout le processus : ne pas forcer, être doux envers soi…

    La technique du questionnement orienté a été utilisée par Socrate et s’appelle la Maïeutique. Elle consiste à interroger une personne pour la mener, par des questionnements successifs, à lui faire découvrir par elle-même la connaissance qui se trouve déjà en elle. C’est cette technique que j’utilise (soutenue entre autres par la CNV) dans le cadre de séances d’entretiens individuels ou de groupe (couple, famille).

    Le pire pour notre esprit, c’est quand il n’arrive pas à se défaire d’une tension et qu’il s’évertue à trouver des solutions en utilisant toujours les mêmes schémas.

    Je précise que le but n’est pas d’aller chercher dans ton passé les causes d’un possible mal-être présent. Ces questions n’ont pas de visée thérapeutique, seulement de remise en question de certaines croyances comportementales et émotionnelles perturbatrices, dans le but de changer la manière de se voir.

    Merci par avance de ton engagement, quel qu’il soit, et de ta sincérité.


    Questions – 1


    Questions – 2


    Questions – 3


    Questions – 4

  • Une nouvelle formation voit le jour…

    Je suis heureux de vous présenter une nouvelle formation

    Veuillez cliquer sur l’onglet FORMATION dans la barre des menus !

  • Nature

    fleurs qui s'offrent

    Y-a-t’il un seul être humain sur cette planète qui n’aime pas la Nature ?

    Je conçois que certaines personnes aient peur de la Nature, car elle peut révéler chez elles leur angoisse de l’inconnu, de l’étrange, de l’insécurité voire un danger de maladie ou de mort. Vers quoi allons-nous pour nous ressourcer, nous reposer l’esprit ou le cœur : un hamburger, une série télévisée ? Non, c’est l’espace naturel qui nous attire, nous appelle et nous nettoie. La montagne, la mer, la forêt, les plaines à perte de vue, les sommets enneigés, les vallées verdoyantes, le ciel pur, un lac, une rivière, les étoiles aussi nous parlent. Mais pourquoi sommes-nous autant sourds alors que notre planète se lamente de nos actes insensés envers elle ? Nous, toutes petites choses qui nous croyons séparés de ce dont nous sommes pourtant composés, c’est-à-dire de l’eau, des minéraux, de la chaleur, du carbone, de l’oxygène, de l’hydrogène nous pillons, dévastons, prostituons la nature. Nous sommes de la Nature sur pattes, pourquoi nous tuons-nous nous mêmes alors ?

    La Nature, de par son mouvement créatif permanent, nous a doté de ce qu’on appelle le mental. Une forme d’énergie qui permet de penser, de conceptualiser et donc de créer des idées, ces « choses » sans aucune consistance mais qui nous font agir. Je constate tous les jours que nous savons assez mal nous servir de ce mental, surtout lorsqu’il est associé à certaines de nos composantes corporelles et qu’il provoque ainsi ce que nous appelons des émotions. Avons-nous appris à gérer ces dernières de manière efficace ? Heureusement, depuis quelques décennies des courants de pensée bienveillante se sont plus ou moins démocratisées et nous offrent des conseils de comportement et des techniques visant à mieux gérer nos émotions, états d’esprit et pensées névrosantes. J’ajoute au passage que certaines traditions orientales connaissent cela depuis plusieurs millénaires.

    Pour autant nous continuons à gaspiller la nature par nos consommations excessives (que ce soit de matériaux, liquides ou animaux) et en produisant des déchets polluants que nous retrouvons dans l’eau que nous buvons, les aliments que nous mangeons et l’air que nous respirons.

    Il paraît que nous sommes intelligents, voici une définition commune :

    « L’intelligence désigne communément le potentiel des capacités mentales et cognitives d’un individu, animal ou humain, lui permettant de résoudre un problème ou de s’adapter à son environnement ».

    D’après celle définition – si je l’extrapole un peu, quid du côté instinctif – j’oserais penser que les bactéries, les virus, les insectes, les plantes et les animaux doivent être très intelligents car ils ont su, pendant des millions d’années s’adapter, croître et évoluer dans des milieux souvent très hostiles. Alors que nous, en seulement quelques millénaires nous nous sommes débrouillés pour scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Nous pourrions ici envisager que l’intelligence ne se borne pas à une capacité mentale. Fait paradoxal, nous sommes capables de faire preuve d’une incroyable ingéniosité dans nombre de domaines pour améliorer notre bien-être, et en même temps nous pouvons être d’une intelligence titanesque quand il s’agit de causer du tort.

    En voici juste quelques exemples :

    – nous sommes capables de faire du mal à des gens ou des animaux que nous aimons ;

    – nous pouvons consommer des substances que nous savons dangereuses pour notre santé ;

    – nous pouvons sciemment fermer les yeux sur nos actes polluants pour la nature ;

    – nous savons très bien mentir ou jouer les hypocrites pour obtenir une faveur ou un avantage quelconque ;

    – nous pouvons faire semblant de ne pas ressentir une émotion, et y croire ;

    – nous pouvons être fermement convaincus, et essayer de convaincre d’autres personnes – par la force s’il le faut – qu’un être supérieur domine et juge l’humanité (sans en avoir la moindre preuve) ;

    – nous pouvons inventer des machines et des techniques pour faire souffrir ou tuer des êtres vivants, même si ce sont nos frères/sœurs, nos femmes ou nos enfants ;

    – nous pouvons acquérir des objets qui ne nous serviront jamais ;

    – nous savons prendre par la force, la manipulation ou la menace ce que l’autre n’a pas envie de nous donner de bon cœur ;

    – nous pouvons dévaster un système naturel complet, animal ou végétal, juste pour le plaisir de le consommer, alors que nous n’en avons pas un besoin vital ;

    – nous nous amusons à modifier la structure génétique du vivant, dans l’espoir vain – quand, dans le meilleur des cas il y en a un – que cela n’aura aucune conséquence néfaste ;

    – etc.

    Nous pouvons être fascinés au point de chercher à aller à la rencontre d’autres planètes ou univers situés à des milliards de kilomètres, et pourtant nous sommes souvent incapables de faire juste un petit pas de quelques millimètres à l’intérieur de nous pour regarder comment nous fonctionnons vraiment. Comment s’articulent notre propre mental, nos propres émotions, notre propre univers ? Pourquoi, et surtout comment pouvons-nous nous laisser gruger par des pensées que nous savons fausses la plupart du temps, car non appuyées sur des faits réels mais seulement sur de la spéculation ? Comment pouvons-nous nous laisser berner « en toute bonne foi » ?

    Vous êtes-vous déjà posé la question ?

    Nous sommes des êtres d’habitudes, et c’est ça qui nous empêche de changer, surtout quand cela demande un effort. Nous avons pris des habitudes de pensée et de comportement, ceci depuis tout petit en pratiquant l’imitation parentale, sociale. Il est important d’être comme tout le monde, c’est-à-dire normal. Si vous ne pensez pas comme la majorité, ou faites des choses non habituelles vous êtes a-normal, du coup c’est dangereux.

    Des modifications incessantes s’opèrent dans la nature, certaines rapides, d’autres beaucoup plus lentes. Il y a au sein de toutes choses ce mouvement de transformation : naissance, croissance, usure, mort. Nous, humains, dotés de capacités mentales et cognitives soit-disant supérieures au reste du règne vivant, nous trouvons le moyen de ne pas arriver à nous adapter à ces mêmes capacités. C’est peut-être à cause de ce que nous nommons l’ego, cette curieuse attitude de s’identifier à ce que nous pensons et faisons. Ce fameux ego qui, s’il n’est pas correctement équilibré, va – pour sa pseudo préservation – essayer de « détruire » l’autre. Très créatifs nous avons développé de nombreux outils pour effectuer cette tâche, comme la culpabilisation, le rejet, l’invention du Bien et du Mal, la coercition, le mensonge, la punition et la récompense, le mérite, le non-dit, la médisance, la prostitution affective, la promesse, la menace, etc.

    C’est pour cette raison que je disais en préambule que nous ne savons encore que très peu nous servir de la partie affective liée à notre capacité mentale. Je gage qu’il nous faudra encore beaucoup de générations pour qu’il y ait suffisamment d’humains ayant acquis cette maîtrise, et ainsi renverser la tendance mondiale à l’autodestruction.

    Espérons simplement que la Nature, la Terre aura la patience et la capacité d’attendre que ses enfants grandissent.

    Christian Patouillard

  • Telle est la Question

    Socrate

    En tant que formateur, praticien en énergétique et encadrant technique, je suis régulièrement confronté à la souffrance des individus. Depuis 2001 que je pratique, j’ai acquis la certitude que toute souffrance peut se transformer, avec le temps. Il s’agit avant tout d’apprendre à se positionner à l’intérieur de soi, l’extérieur paraîtra ainsi moins agressif, voire une aide précieuse quand il y a désir d’évolution.

    Ce questionnaire a été conçu pour ceux et celles qui se remettent en question, ceux qui trouvent que quelque chose ne tourne pas rond dans leur monde et qui cherchent des réponses solides, pratiques et vraiment utiles pour se sentir mieux.

    Le pourquoi de ces questionnaires :

    La manière dont j’ai en partie vécu mon enfance m’a poussé à me poser les questions suivantes : pourquoi un des êtres qui comptent le plus pour moi ne m’aime pas ? Pourquoi autant de violence, verbale et physique ? Pourquoi les gens qui disent aimer les autres, les font autant souffrir ? A quoi la souffrance peut-elle bien servir ? Et bien d’autres encore.

    Je ne sais pas pourquoi, mais chez moi cela est resté jusqu’à aujourd’hui encore. Et cela m’a permis, grâce à de très nombreux stages et formations suivis, à lecture de livres, aux rencontres étonnantes de gens merveilleux, aux expériences fortes et souvent salvatrices de comprendre certains de mes mécanismes les plus intimes. Ces compréhensions me permettent de ressentir maintenant une grande stabilité émotionnelle. Et j’ai envie de partager mes connaissances avec celles et ceux qui ont cet élan vers eux-mêmes, cet élan d’un mieux-être qui n’est pas basé sur l’avoir mais sur l’être. Pour que ce que j’ai appris (et continue d’apprendre) serve un tant soit peu à d’autres qu’à moi.

    « Tout bonheur en ce monde vient de l’ouverture aux autres; toute souffrance vient de l’enfermement en soi-même. »

     

    Les questionnaires se divisent en parties d’une vingtaine de questions. Tu as reçu la première partie, si tu en veux d’autres il te suffira de me le faire savoir.

    Les questions sont classées en 5 thèmes : Émotionnel – Relationnel – Mental – Sensoriel – Autres.

    Les réponses qui en découleront pourront bien sûr s’étaler sur tous les thèmes.

     

    Buts de ce questionnaire :

    – t’aider à aller vers toi de manière plus sereine

    – communiquer plus facilement avec les autres, dans tous les domaines

    – découvrir ta propre force d’adaptabilité

    – trouver une certaine forme d’ancrage, indispensable pour « affronter » les vicissitudes de la vie

    – obtenir des réponses qui peuvent calmer ton esprit

    – te connecter avec ton intelligence intuitive

     

    Pour le moment il existe 4 questionnaires. Si celui-ci vous plaît, faites le moi savoir et je vous en enverrai d’autres.

    Le Questionnaire – part 1 en pdf.

    Bonne remise en question !

  • PEUR

    peur

    Peur de manquer, peur de ne pas y arriver, peur de déplaire, peur d’être trahi, peur de rater le train, peur du noir, peur de ne pas avoir le temps, peur qu’on se moque de moi, peur de lui – d’elle, peur d’eux, peur de ce qu’on va penser de moi, peur de paraître ridicule, peur qu’on me prenne ou qu’on me donne quelque chose, peur d’avoir mal, peur de faire du mal, peur des éclairs et de l’orage, peur de la vitesse, peur d’être puni, peur de manquer de respect, peur de se sentir responsable du mal-être de quelqu’un, peur de la guerre, peur de ne pas maîtriser-contrôler, peur de mes émotions, peur du regard des autres, peur des araignées / des serpents, peur des esprits, peur de manquer d’amour, peur d’être malade, peur du conflit, peur d’être rejeté, peur d’être abandonné, peur de la mort, peur de l’inconnu, peur de se retrouver seul, peur de la vieillesse, peur de la foule, peur de se tromper, peur de mal faire, peur d’être incompris, peur de dieu…

    Peur de tout, peur du rien,

    Peur de… quoi, de qui ?

    Peur d’avoir peur…

    Nous savons tous ce que sont les émotions, ou tout du moins nous connaissons leur existence par le fait que nous les ressentons. Toutefois il n’est pas évident que nous sachions exactement ce qu’elles sont, d’où elles viennent, où elles vont, et à quoi elles servent vraiment. Nous pouvons constater que des sensations particulières apparaissent dans notre corps et dans notre esprit quand un événement nous percute. Il semblerait que nous ayons assez peu la main sur ces émotions, si c’était le cas il y aurait sans doute moins de violence sur terre. Quand une situation nous touche de près on dirait que quelque chose veut sortir de notre être, comme une énergie interne autonome qui voudrait sortir de nous pour respirer à l’extérieur, pour s’exprimer dehors. Et si l’on ne lui permet pas de sortir, ça bouillonne à l’intérieur, ça peut se contracter, durcir et s’enkyster. Une émotion est un mélange de sensations corporelles et de sentiments, d’idées et d’images.

    La peur est une émotion particulière dans le sens où elle est à la base de notre existence psychique, et elle est intimement chevillée au corps physique. La peur de mourir – ou de la douleur – est nécessaire pour assurer la pérennité de notre corporalité. Tous nos sens instinctifs sont orientés vers la vie, nous possédons des réflexes de survie incroyables d’efficacité et d’ingéniosité. Les personnes qui mettent fin à leur existence sont celles dont les mécanismes de survie sont défaillants, essentiellement pour des raisons psychiques. La peur de mourir est donc nécessaire à la vie – elle pousse l’individu à s’adapter à toutes sortes de situations, sinon il y aurait bien longtemps que notre espèce serait éteinte.

    Toutefois un problème de taille se lève quand nous avons peur de nos peurs. Par exemple, le conflit. Si j’ai l’idée qu’un conflit peut générer chez moi de la violence, du rejet ou de la fuite, cela peut induire la peur du conflit. La peur s’étale du simple petit souci jusqu’à la frayeur intense allant parfois jusqu’à l’évanouissement. La peur fait détaler comme un lapin ou coupe les jambes, elle donne une force et une volonté extraordinaires ou fait se ratatiner sur place. C’est vraiment une énergie étonnante par ses aspects, ses effets multiples et paraissant parfois opposés.

    Force est de constater que la peur génère très souvent de la colère. Ayant subi dans mon enfance (sans doute comme beaucoup de personnes) l’influence de la colère parentale, je me suis toujours posé la question du « pourquoi tant de haine » ? Pourquoi des gens censés nous aimer deviennent d’un coup des bourreaux ? Pourquoi un ami de toujours se retourne d’un coup contre moi ? Pourquoi, moi qui dit aimer ma femme, mon mari ou mes enfants j’ai tout-à-coup envie des les écrabouiller, les éradiquer, les tuer ? Étranges et surprenantes intentions.

    Je propose ci-dessous deux pistes d’investigation, elles sont complémentaires et indissociables. D’une part je vais m’appuyer sur la théorie des Besoins (issue de la Communication Non Violente), et d’autre part la théorie de l’Ego.

    La peur, comme les autres émotions, n’est pas notre ennemie, c’est un indicateur de manque, une alarme. Elle indique quel est le besoin en carence dans l’instant. Par exemple, si je ressens de la peur juste avant d’entrer en scène pour mon concert de musique, cela me précise qu’il y a une peur profonde de ne pas être à la hauteur, de faire des erreurs, d’être critiqué, peur du regard des autres, de l’échec, etc. Donc ce peuvent être des besoins de reconnaissance, d’être rassuré, soutenu et aimé qui soient déficients. Nous avons tous, peu ou prou vécu des expériences qui ont créé des vides, absences, manques affectifs qui sont autant de nœuds de souffrance (surtout s’ils sont nés lors de la prime enfance). De nombreuses recherches scientifiques ont révélé que le petit d’homme devait être nourri de toucher affectueux, de paroles douces, d’attentions soutenantes, bienveillantes et de joie pour se développer de manière harmonieuse. En tant qu’adulte, je pense ne pas être le seul à avoir vécu à de nombreuses reprises de sérieuses entorses à ces besoins basiques. Nos parents et la société font ce qu’ils peuvent pour leurs enfants, inutile d’être voyant extralucide pour deviner qu’ils se sont souvent plantés, vu la quantité d’antidépresseurs vendus. Je ne vais pas épiloguer ici sur les causes possibles de ce fait, mais juste en constater les effets par l’expression de cette émotion qu’est la peur.

    Nos besoins sont multiples et variés, ils s’étalent des besoins vitaux (nourriture, air, hydratation, reproduction, abri, etc), en passant par des besoins relationnels (partage, écoute, chaleur humaine, réconfort, compagnie, etc), ou encore de sécurité (soutien, paix, protection, harmonie, etc). La liste est beaucoup plus longue, cela sous-entend que potentiellement nous pouvons avoir beaucoup de manques. Tous ces manques, en quantité ou/et en qualité produisent des effets d’insatisfaction, de frustration plus ou moins intenses. Cette intensité détermine la force de notre réponse émotionnelle première. Ensuite, chacun va faire ce qu’il peut avec cette énergie.

    Si nous parvenons à comprendre intimement ce processus, il sera plus facile de le gérer pour le grand bien de soi, des autres, et de la nature.

    Après toutes ces années d’observation de la peur chez moi et chez les autres, j’en vient à penser que la peur est un instinct de survie (comme dit plus haut) de l’ego. Ce que nous appelons habituellement ego est cette « chose » qui nous définit en tant qu’identité, qui fait de nous une personne séparée des autres. Ce qui fait que nous ressentons que ces « autres » peuvent être potentiellement dangereux pour nous à un moment donné, donc : méfiance. Le sentiment de séparation des autres donne la sensation de danger potentiel pour soi. Je vous engage à vraiment vous poser sur cette notion de séparabilité, de différence. Prenons le temps de sentir de quelle manière une situation (incluant ou non une autre personne) peut amener un sentiment d’inconfort, ou au contraire une sensation agréable. Tout dépend si l’ego se sent menacé ou pas. Absolument tous nos comportements sont basés sur la sensation, le sentiment, la croyance profondément ancrés que nous sommes une entité, que nous sommes quelqu’un. Les animaux et les plantes montrent aussi par leurs comportements qu’ils ont conscience d’être des êtres différents de leur entourage, puisqu’ils cherchent à s’en approcher ou à s’en défendre. Dans ce sens ils ont aussi une forme d’ego. Mais le notre s’est quelque peu déformé, car beaucoup d’entre nous peuvent se sentir menacé alors qu’aucune agression n’a été portée à notre encontre. Par exemple je peux me sentir mal à l’aise si je crois que quelqu’un « me regarde de haut », je pense qu’il me méprise, qu’il me toise, qu’il me manque de respect, qu’il se croit meilleur que moi, etc. Est-ce la réalité ? Est-il monté sur une chaise pour me voir de plus haut ? Qu’est-ce que je mets dans le regard de l’autre, si ce n’est mes propres peurs ? Et même si cette personne me dit qu’elle se croit meilleure que moi, dans quel domaine est-ce le cas, peut-elle le prouver ? Et si c’est le cas, pourquoi autant en souffrir ? Notre ego est tellement mal construit qu’il invente toutes sortes d’histoires pour continuer à subsister, et souffrir (même si ce n’est pas agréable) est aussi un moyen pour continuer à vivre. L’ego nous fait vivre dans un monde d’illusions.

    Juste pour s’amuser, essayons d’imaginer une chose folle : ne pas avoir d’ego. Quelles pourraient en être les conséquences ?

    C’est comme avoir le don d’ubiquité, être à plusieurs endroits en même temps. Je pourrais me parler à moi même, il n’y aurait pas de sentiment de séparation, je ne serais pas un autre individu. Comment pourrais-je me sentir en danger ? Si mon voisin n’est pas différent de moi, comment pourrait-il me nuire ? Pour percevoir cette sensation il est nécessaire d’être dans un état hors mental, hors concept, sans aucun jugement : c’est quasiment impossible.

    A ce point de la réflexion, je peux me rendre compte que je peux me faire du mal tout seul (auto-dévalorisation par exemple) quand deux personnages discutent dans mon esprit. Comme si un ego ne suffisait pas, les innombrables facettes de notre personnalité se contredisent souvent au sein de notre intimité, surtout quand il y a une hésitation face à une situation, face à un choix à faire. Nous pouvons avoir des comportement bien différents selon à qui on parle, selon notre état d’esprit/humeur du moment, selon notre état de fatigue. Nous sommes multi-je, multi-personnages : comment ne pourrait-on pas y trouver de la discorde ? Nous ne pouvons y échapper.

    Sauf si…

    Sauf si nous apprenons à intégrer nos différents personnages, sauf si nous apprenons à ne pas nous battre contre eux, si nous essayons de les aimer (mais sans se forcer). Nous pouvons les considérer comme étant simplement des schémas comportementaux nécessaires à une adaptation momentanée face à une situation à chaque fois différente. Nous adoptons spontanément une attitude de préservation devant toutes les situations – réelles ou imaginées : constatons cela à chaque fois, sans jugement. Accueillons notre pluralité au sein d’un espace d’écoute bienveillante, c’est ainsi que se déconstruit peu à peu la croyance en la séparation. Un sentiment d’union avec nos « autres moi » naît tranquillement, on se recentre, on se réunit, on s’ancre en soi. Je vous laisse constater tous les bienfaits d’une telle attitude.

    Comment peu-on se sentir bien si on se sent écartelé, fragmenté, dispersé ? C’est le sentiment d’unité qui rassure, la sensation de fraternité : l’autre est comme moi, il me veut du bien. Et c’est tellement bon à ressentir, on se sent en sécurité, il n’y a pas d’ennemi, pas de danger physique ni psychologique. Ce qui est en moi peut s’exprimer en toute quiétude, je ne serais pas puni pour cela. C’est un autre monde, celui du partage sans jugement, de l’écoute sans attente. La peur s’amenuise, les réactions émotionnelles sont moins fortes, moins fréquentes et durent moins longtemps. Nos actions sont plus posées et correspondent mieux à la réalité des situations, elles s’appuient sur des faits et non plus sur des suppositions.

    Je n’ai plus peur d’avoir peur, car s’est imposée la réalisation que cette dernière est inhérente à mon état d’être vivant qui veut continuer à vivre, coûte que coûte.

    L’ego se réunifie et devient un véritable JE.

    Et c’est seulement à partit de ce moment là que peut commencer sa dissolution, mais ça… c’est une autre histoire.

    Christian Patouillard

  • s’Offrir au monde.

    fleurs qui s'offrent

    s’Offrir au monde

    « Un jour spécial, j’ai rencontré une fleur. Une toute petite fleur blanche, elle a bouleversé ma vie ».

    Ces deux phrases peuvent sembler ridicules au premier abord, et pourtant c’est la vérité. Grâce à cette rencontre exceptionnelle j’ai compris ce que cela voulait dire que de s’Offrir au monde – ce que j’ai tendance à oublier régulièrement.

    Cette énergie qui nous traverse et que l’on appelle le Mental est une « chose » bien particulière. Les pensées nous séparent des objets, des situations, des animaux, des autres et de notre vie. Prenons le temps d’examiner cela si vous voulez bien, car c’est la base de notre vie psychique, et donc de la plus grande partie de notre existence.

    Asseyons nous confortablement sur une chaise ou dans un fauteuil, laissons notre corps se détendre au rythme d’une respiration qui va tranquillement se ralentir. Peu à peu les tensions de nos diverses parties corporelles vont se défaire et nous pourrons alors percevoir des mouvements qui n’étaient pas perceptibles jusqu’alors. Quand on dirige notre attention vers quelque chose, cette chose devient plus présente, plus évidente. Porter une attention légère sur les sensations corporelles est un entraînement quotidien. Cela apprend à diriger l’esprit sur un support et, surtout, à s’y maintenir.

    Après un certain laps de temps, variable selon chacun, on peut se rendre compte qu’il n’y a rien à faire d’autre pour exister. Le corps a ses propres règles de fonctionnement et reste vivant sans aucune intervention de notre part : il s’Offre au monde. Il EST, sans conditions mentales, sans notre avis. Même en présence de douleurs éventuelles il rayonne de son existence. Il n’y a pas de besoin particulier puisque notre principal et plus profond besoin est rempli, celui d’être rassuré de nous ressentir vivant. Remarquons ici qu’il n’y a aucun effort à faire pour rester vivant, la Vie s’offre à travers notre corps, et nous donne en même temps la possibilité incroyable de la ressentir. Et même quand, de manière sans doute rarissime notre vie est en danger, des mécanismes de survie se mettent en route pour continuer à vivre. Il n’y a aucun effort à faire car l’effort de rester en vie fait aussi partie de la vie qui tend à se maintenir. Si nous comprenons cela de manière profonde, non pas intellectuellement mais par le ressenti corporel, alors nous pouvons éviter de rajouter des tensions à celles éventuellement présentes pour le maintien de la vie. Une forme de détente s’installe doucement, une détente profonde de détachement, de lâcher-prise sans volonté, juste laisser la vie être, s’Offrir.

    A partir de ce moment là nous pouvons commencer à observer nos pensées. Toujours bien assis confortablement, le corps détendu et ouvert nous regardons passer nos pensées. Prenons garde à observer le processus de pensée et non pas le contenu des pensées, c’est-à-dire les histoires qu’elles racontent. Dans ce type d’exercice, les histoires n’ont absolument aucune importance car s’attacher à elles nous entraînera à coup sur en dehors de nous-même. Peut-être constaterez-vous alors que les pensées sont un peu comme de la colle, une glue qui cherche à attirer notre attention pour rester dans l’histoire qui commence à se tricoter. Voyez comment les pensées fonctionnent, de quels types elles sont : plutôt fluides ou saccadées, lentes ou rapides, brouillons ou claires, abondantes ou espacées, sous forme de sons ou d’images, etc. Sentez celles qui vous attirent et celles qui vous repoussent, celles qui tournent en boucle, celles qui renforcent les sensations corporelles ou éveillent des émotions, celles qui calment ou énervent. Plus vous pratiquerez cet exercice, plus vous verrez nettement que les pensées sont des phénomènes abstraits, dépourvus d’existence propre dans le sens où elles apparaissent venant de nulle part, elles ne font que passer (même si certaines se répètent souvent) et disparaissent très rapidement on ne sait où. La Vie s’Offre ici aussi à elle-même, par le mouvement, par la danse quasi incessante des pensées qui poussent bien souvent à l’action. La personne esclave de ses pensées est un être qui ne sait pas qu’il n’est pas ses pensées, ces dernières – force est de le constater – nous mènent bien souvent par le bout du nez. Elles nous font faire ce qu’elles veulent, elles collent à notre vie et nous trouvons cela normal. Avec un peu de recul nous pouvons voir que c’est une folie que de croire en elles sans jamais les remettre en question, sans se demander si elles disent la vérité, si elles sont justes quand elles nous poussent à porter préjudice à quelqu’un ou quelque chose.

    Constatons encore que les pensées n’ont pas besoin de notre agrément pour apparaître dans notre conscience, et pour disparaître aussitôt sans laisser d’autres traces que l’envie subite (et souvent saugrenue) de dire ou de faire quelque chose qui n’a rien à voir avec la réalité d’une situation. Pourquoi la croire quand elle nous dit de boire encore un verre alors que nous savons qu’il sera de trop ? Pourquoi la valider quand elle nous dit d’insulter quelqu’un alors que c’est une personne que l’on ne connaît pas, ou encore pire quand c’est une personne que l’on dit aimer ? Pourquoi la suivre quand elle nous pousse à frapper un animal ou un humain qui ne nous a pas touché physiquement ?

    Pourquoi les pensées nous font-elles faire autant de choses les plus affreuses les unes que les autres, ou au contraire nous incitent à soutenir, aider, cajoler, créer, embrasser ?

    Tout simplement parce que nous sommes intimement persuadés que les pensées qui nous traversent c’est nous. Et l’idée d’être autre chose que nos pensées est insupportable pour la plupart des humains. Ce que nous appelons Ego est tout bonnement une croyance. Une croyance bien ancrée depuis des millénaires qui fait croire au porteur des pensées qu’il est elles. C’est un système de survie naturel qui fabrique des identités à l’intérieur de nous pour justifier une existence « personnelle ».

    Si vous avez envie de respirer plus tranquillement à l’intérieur de votre corps et de votre esprit, essayez donc de favoriser cette habitude qui consiste à prendre du recul sur ce que racontent vos pensées. Laissez les donc passer, laissez les vous offrir leur présence et leur contenu, elles racontent ce que vous n’êtes pas – et parfois ce que vous êtes sans que vous le sachiez.

    Les gens qui nous insultent ou qui nous complimentent, ceux qui vomissent leurs émotions sur nous, nous parlent d’eux en se servant de nous comme support. Leur vie, leurs émotions s’Offrent au monde et nous sommes juste là pour les accueillir, que cela nous plaise ou non. A nous de voir ce que nous faisons avec ce qui apparaît alors en nous à ce moment là, et apprécier les conséquences de nos actes à venir. Ces actes qui ne sont que des germes quand ils ne sont encore que des pensées.

    S’Offrir au monde est facile quand on le comprend, s’Offrir au monde est difficile – voire impossible quand la peur de vivre des situations particulières est présente en soi.

    Pour nous y aider nous pouvons nous inspirer de la nature qui ne demande absolument rien, mais qui continue de donner après tous ces millénaires de maltraitance. Non pas qu’elle ait une volonté particulière envers nous (puisque nous sommes de la nature), mais constatons que la Vie continue quoi que nous fassions. Et sans doute continuera t-elle encore longtemps, avec ou sans nous.

    Aussi fragile qu’une toute petite fleur blanche cachée sous un arbre, aussi forte que l’énergie qui l’a faite naître, elle et ses milliards de petites sœurs sur et sous tous les arbres du monde.

    Et si tout s’Offre, soyons heureux de tous ces cadeaux !

    Christian Patouillard

    Texte dédié à une sœur et un frère de cœur, Thao et Sébastien.

  • De la Solitude

    solitude

    De la solitude

    Je me sent seul : qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?

    Quel est ce sentiment, que ressent-on exactement ?

    Je me trouve sur une planète peuplée de milliards d’êtres vivants, où tout bouge et change en permanence, et je me sent seul.

    Entouré d’autres humains, dans une grande ville ou en campagne, avec tous ces magasins et ces véhicules, tous ces buildings ou modestes maisons, tout ce bruit et ces odeurs, je me sent toujours seul : pourquoi ? Comment est-ce possible ?

    Si je me trouvais le seul humain sur une île isolée du pacifique, dans le grand nord canadien à mille lieues de toute habitation ou dans un désert entouré de dunes à perte de vue cela aurait du sens de ressentir de la solitude. Mais ici, en France, pays couvert de routes…

    Que me manque t-il quand je ressent ce vide ?

    Force est de constater que tous les êtres vivants ont des besoins. Des besoins physiologiques pour tous et, en sus, psychologiques pour ceux dotés d’une capacité émotionnelle et mentale (même embryonnaire). Le fonctionnement des besoins est simple : si je n’obtiens pas une quantité suffisante de ce qui nourrit un de mes besoins, la réponse en est du manque, de la souffrance. Cela me pousse à adopter des stratégies pour remplir suffisamment ce besoin, et une fois qu’il est assouvi il en résulte du bien-être – qui est simplement l’absence du mal-être occasionné par le manque.

    Par exemple, si à un moment donné j’ai besoin de reconnaissance, la sensation de manque arrivant à une limite suffisamment désagréable va me pousser à agir : je vais chercher autour de moi quelqu’un qui pourra m’en donner (par un compliment, un acquiescement, de l’argent, un sourire, de l’écoute, etc.). Si je ne trouve pas assez rapidement de quoi remplir ce manque, il va augmenter et il va falloir que j’utilise des stratégies de plus en plus créatives (et violentes parfois) pour que cesse la sensation de frustration liée au manque (comme une drogue). Toutes les stratégies sont bonnes du moment que le besoin est assouvi, et c’est bien souvent au détriment de ceux vers lesquels je me tourne pour exiger ma pitance affective. Dans ces moments là je me soucie peu des besoins de l’autre, il faut juste que ma souffrance s’arrête.

    Dans le cas de la solitude, il semblerait que ce soient des besoins de partage, d’appartenance, d’expression, de connexion/relation, de communion, de sens, de présence, de tendresse, de donner et de recevoir, de tendresse, de toucher et de communication qui tambourinent à la porte.

    Se rajoute aussi la croyance qu’il n’y aurait que certaines personnes spécifiques qui pourraient nous apporter cela, ceci est particulièrement évident pour ceux et celles qui ont perdu un être cher depuis peu, voire même depuis longtemps (décès, divorce, séparation).

    C’est sans doute pour ces raisons que dans notre société moderne, où il y a tant de gens qui se côtoient sans cesse, qu’un nombre croissant d’individus peuvent ressentir une grande solitude.

    En théorie, cesser de souffrir de la solitude paraît assez simple, il suffit de remplir un – ou des – besoins vus plus haut. Mais pour se faire il est impératif, à mon sens, de déjà accepter le ressenti de la solitude quand il se manifeste. Prendre le temps de le goûter, de le sentir en soi et repérer ce qu’il nous pousse à faire, ou ne pas faire.

    Quelle partie de moi suis-je prêt à sacrifier pour moins me sentir seul ? Quels autres besoins vais-je travestir ou passer sous silence ? Vais-je faire semblant de faire ami-ami avec des gens que je n’apprécie pas vraiment, vais-je m’alcooliser pour oublier ce ressenti désagréable, manger du chocolat, consommer des substances qui vont altérer ma conscience (anti-dépresseur – drogues), forcer des personnes à partager ma présence, me jeter sur internet et les réseaux sociaux, sortir, me plaindre, regarder la télé, aller voir un psy, acheter des vêtements de marque, menacer, soudoyer, charmer, faire partie d’un groupe (quel qu’il soit), jouer à des jeux de société, acheter un chat, m’inscrire sur un site de rencontre ?

    Et pourquoi pas tout cela après tout, puisque ça existe ?

    Oui, si je suis parfaitement au courant que je suis en train de compenser – non, si je fais cela de manière inconsciente. Car alors je vais en vouloir à tout et à tous ceux qui ne me donneront pas ce que j’attends, et ainsi se crée la violence.

    La solitude est une sensation intéressante à vivre car elle pousse à se recentrer, à préciser ce qu’il manque à notre vie en ce moment et à prendre le temps de nourrir les besoins qui sont en carence avec bienveillance pour soi, pour les autres et pour la nature (ici je pense aux animaux plus ou moins domestiques et « d’appartement »).

    Nous avons tous une vision du monde différente, avez-vous remarqué combien nous trouvons attachantes les personnes qui pensent, peu ou prou, comme nous ? Ainsi nous pouvons partager, débattre, conjecturer en toute sécurité. Mais selon notre vision, il peut être difficile de trouver des gens avec lesquels échanger.

    Je peux me sentir seul et en souffrir si je me focalise sur un manque, alors ça tourne en boucle et finit par créer un kyste émotionnel. Le temps durcit la chose et apporte son lot de tensions internes. Alors la sensation de manque relationnel peut s’avérer très forte – sans pouvoir y répondre, mais il y a un moyen de le sublimer. Il suffit de tourner son attention sur la sensation de manque – qui est un reflet du vide, absence. Si l’on a suffisamment de courage et de volonté à ce moment précis pour rester assez longtemps à l’intérieur de cette sensation profonde, il se passe un phénomène étrange : le vide – absence se transforme en plein – présence. Car en réalité la sensation de manque est pleine. Cette expérience est difficile à expliquer avec des mots, il faut la vivre. Il n’y a rien de plus « plein » que le « vide ». La sensation du manque – vide est psychologique, l’expérience du vide – plein est corporelle.

    En réalité nous ne sommes jamais seuls.

    Tant que nous serons vivants nous expérimenterons toujours quelque chose au travers de nos sens. Il y a « je » qui fait l’expérience de quelque chose d’autre que « lui »même qui est expérimenté. Il y a l’objet des sens, les sens et ce qui perçoit les sensations.

    L’univers est plein d’objets que nous pouvons contacter au travers de nos multiples sens, et ceux-ci nous donnent la possibilité de faire des milliers d’expériences différentes à chaque instant. Nos espaces intérieurs (physique, psychologique, énergétique, mental, émotionnel) sont d’une richesse infinie, si on y ajoute tout ce qui vient de l’extérieur (images, sons, odeurs, etc.) on se retrouve submergé d’informations sensorielles.

    Comment se trouver seul au sein de cette abondance ?

    Le 29 janvier 2022

    Christian Patouillard

  • Le sens de la Vie

    manger

    Le sens de la vie

    La Vie a-elle un sens, une explication, un but, une raison, une volonté ?

    Vaste sujet, digne d’un examen de fin d’études. Je vous propose de nous pencher un peu sur ces questions car, si c’est fait avec honnêteté et bon sens, cela peut apporter bien des soulagements, cela peut aider à cesser de nourrir des illusions délétères – de celles qui empêchent de goûter la paix intérieure.

    D’abord, qu’est-ce que la Vie pour nous, humains. Posons-nous sincèrement la question, sans faux-semblants, sans honte ni préjugés.

    En guise de préambule, penchons-nous intimement ce que peut être la vie pour nous. Est-ce une idée (ce qu’elle est, a été, sera ou devrait être) ou une sensation (à quel endroit du corps) ?

    Ensuite, quel degré d’importance j’accorde à la teneur de chacune de ces réponses ?

    Le temps pris pour approfondir cette question primordiale, essentielle même me semble t-il, pourrait amener de nouvelles perspectives dans notre vision du monde.

    La vie doit-elle se mériter, se gagner, se savourer, se vivre ? La vie est-elle sérieuse, précieuse ? Et de quelle vie parle t-on, celle de ceux que l’on aime, celle des autres, la nôtre, LA vie ?

    Clarifier ces notions pourrait rendre notre sommeil plus léger.

    Si je dis de ma vie que je dois la mériter, cela sous-entend que ce que je fais (ou pense) est jugé par une forme d’autorité qui connote mes actions comme étant bonnes ou mauvaises. Mais, est-ce que je connais réellement cette autorité ? Est-elle un être humain, une entité supérieure, un concept, une morale ? Qu’est-ce qui me pousse à ériger cette référence en autorité : mon expérience, parce qu’on me l’a dit, par peur/soumission, par intérêt, par habitude ? Qui, ou qu’est cette autorité à laquelle nous vendons notre libre arbitre ? Est-elle vraiment digne de confiance, tout le temps et pour tous ? Quelqu’un de méritant est une personne qui est jugée comme ayant droit à une récompense (honneur, considération, respect, amour). A contrario, si vous n’êtes pas méritant cela veut dire que vous n’avez pas fait les efforts nécessaires à l’obtention d’une récompense. Mais qui est cet individu qui juge, qui décide si vous méritez – ou pas – les honneurs ? C’est parfois une petite voix intérieure : à qui appartient-elle ?

    Ensuite, posons-nous la question de savoir si nous devons faire des efforts pour gagner notre vie. Pensez-vous qu’il faille se battre pour gagner notre vie ? Se battre contre qui, contre quoi ? Peut-être en effet que certaines fois il nous faille du courage et de la volonté pour continuer à vivre au sein d’un contexte peu agréable, voire dangereux. Mais je peux constater que la vie qui circule en moi, ce qui anime mon corps et mon esprit n’a pas besoin de mon assentiment pour m’animer. La vie est, tout simplement, cette impulsion qui fait fonctionner, qui fait se mouvoir les choses et les êtres, du plus infinitésimal jusqu’au plus gigantesque. Dans ce sens nous n’avons absolument aucun effort à faire pour vivre.

    Parfois des individus parviennent à mettre fin à leur existence. Mais cela est possible seulement quand leur vie est pensée. Je m’explique.

    Certaines personnes souffrent tellement au niveau moral, psychique, émotionnel (et parfois physique) qu’elles décident de mettre un terme à ces souffrances. Et cela est parfaitement compréhensible, chacun ayant un taux différent de résistance à la douleur. Force est de constater que ces personnes n’ont pas décidé de leur capacité à résister aux difficultés rencontrées. Certaines vivent des choses terribles et continuent quand même à avancer, d’autres vivent beaucoup moins de difficultés et c’est pour eux une montagne infranchissable. Pourquoi ? Peut-être pour des raisons de qualité énergétique corporelle et mentale (ce qu’on appelle la vitalité), pour des raisons d’éducation, de maladie, de fatigue physique et psychique.

    Il existe des individus qui ont subi une éducation qui leur a diminué, voire supprimé leur instinct de survie psychique (« je ne vaux rien, les autres sont tout, je dois donner ma vie aux autres, à une idée, à Dieu).

    Pensez-vous vraiment que la vie est sérieuse ou importante ? Pourquoi faudrait-il la préserver à tout prix ? Peut-être parce que cela nous rassure de voir continuer à vivre les gens que l’on aime. L’idée de perdre un être cher génère immanquablement un sentiment de manque, de vide, d’absence, de manque de soutien, de vertige face à l’inconnu du changement. Peut naître alors un sentiment d’urgence à vivre le moment présent comme étant précieux. A ceci vient s’ajouter un fonctionnement viscéral de maintien de la vie pour que perdure l’espèce, la lignée, le clan, l’égo. Il est assez amusant de constater que nous savons pertinemment tous que nous allons mourir, et pourtant la peur de cette inéluctabilité peut empêcher certains de vivre sereinement.

    Beaucoup de questions pour aboutir à un constat simple : la vie est naissance – mort. Entre les deux un flot incessant d’histoires.

    Certaines sont drôles, d’autres dramatiques ou sans goût particulier. Je pense que tout dans l’univers fonctionne ainsi, et rien ni personne ne peut s’y soustraire, alors pourquoi s’en faire, pourquoi s’agiter puisqu’on ne peut faire autrement ?

    Un « cadeau » que nous a fait la vie est le sentiment d’être. Je suppose que vous avez largement fait l’expérience que vous êtes, et que c’est parfaitement indéniable. Je sais que je suis. Les choses se compliquent quand je rajoute quelque chose après ces mots : je suis. Les adjectifs qualifiants pleuvent de tous les côtés, apportant leur lot de jugements plus ou moins douloureux. Si vous dites à quelqu’un qu’il est gentil, en général il va être content. Mais cela veut dire que vous le récompensez parce qu’il a fait ou dit quelque chose qui vous a plu. A l’inverse, si vous dites qu’il est méchant vous le punissez. Voyez-vous où je veux en venir ? Dès que l’on place un mot à la suite de : je suis, ou – tu es, le jugement apparaît, et avec lui la cohorte des déviances les plus diverses. Bien entendu, socialement il est judicieux de construire des phrases un peu plus longues. Ainsi on peut dialoguer, partager, instruire et s’amuser. Toutefois il peut être intéressant de rester intérieurement focalisé sur ces deux mots de base, pour ne pas trop s’attacher aux adjectifs suivants. La vie est dans ces deux mots (je suis), le mental discute de ce qu’il y a après, et pas toujours à notre avantage – ni celui de la nature.

    Je vous engage à faire l’expérience de ce je suis, à le sentir et non à le penser. Voyez comme il peut être difficile de rester là, juste avec le tu es de la personne qui est en face de vous. Essayez de refouler tous les qualificatifs qui surgissent en votre esprit pour ne rester qu’avec la présence de la personne. Je gage que vous fassiez rapidement l’expérience d’une profondeur relationnelle insoupçonnée.

    Il m’amuse parfois de penser que si tous les humains cessaient d’un seul coup de ne plus se battre pour maintenir à flot les enjeux de leur ego, la planète changerait de visage.

    Au plaisir de lire vos commentaires.

    Bien cordialement

    Christian Patouillard

  • Le trio Infernal

    Le petit garçon (7 ans environ) alla voir son grand père, tourneur sur bois de métier, et lui demanda – alors qu’il était en train de nettoyer sa machine :

    « Pépé, aujourd’hui à l’école mes deux meilleurs copains se sont bagarrés alors qu’ils s’amusaient ensemble juste avant. Ça m’a fait de la peine parce que je les aime beaucoup, et je sais qu’ils s’aiment bien aussi. Je ne comprends pas pourquoi les gens qui s’aiment peuvent se battre. Tu peux m’expliquer, dis pépé ? »

    L’homme, détourna la tête de sa machine et un petit sourire navré se dessina sous sa moustache fournie. Il posa sa brosse sur l’établi, pris un petit siège et s’assit. Son visage, buriné par les années et l’expérience se retrouva face à celui du petit garçon.

    Il dit :

    « Ha mon petit, c’est bien simple, et à la fois bien compliqué ! Je vais essayer de répondre à ta question avec des mots que tu pourras comprendre, je l’espère.

    « Depuis toujours les hommes se bagarrent entre eux à cause de 3 mots seulement. Ces mots sont : émotion, mémoire et attachement. Je vais t’expliquer ce qu’ils veulent dire, un après l’autre, et ensuite je te dirais comment ils agissent un sur l’autre. OK ? »

    oiseau

    Le garçon opina du chef puis s’assit à son tour, prenant un air sérieux, un air de celui qui veut comprendre.

    Le grand-père commença :

    « Dis moi, mon Pioupiou, sais-tu ce qu’est une émotion ? »

    « Oui pépé ! C’est quand maman est énervée après papa et que lui il fait pareil ?

    Amusé, le grand-père répondit :

    « Oui, c’est ça. Tu en connais d’autres ?

    « Ben, des fois quand Julie – ma copine qui habite dans la maison en face de nous – viens jouer avec moi, je me sens tout bizarre.

    Un large sourire se dessina sous la moustache poussiéreuse.

    « Ha bon ? Et qu’est-ce que tu sens dans ton corps à ces moments là ?

    Le garçon hésita, pensif, puis lâcha :

    « J’ai chaud aux joues, mes mains sont moites et tremblent un peu, ça fait comme des bulles de Champomy ici – désignant sa poitrine. Et puis je suis très content quand elle joue avec moi. C’est une émotion ça ?

    « Exactement ! Et il y a beaucoup d’émotions et de sentiments différents. Les Indiens de l’Inde en ont répertorié 84000 !

    « Wouaou ! – s’exclama le garçonnet, les yeux écarquillés.

    Le pépé reprit :

    « Une émotion c’est quelque chose que l’on ressent quelque part dans son corps, et qui a été créé par une pensée et/ou une mémoire – je reviendrais sur ce mot plus tard. Cette pensée est presque toujours tellement rapide qu’on n’a pas le temps de la voir passer dans sa tête. Une émotion peut être de très légère à très forte.

    « Comme quand j’ai beaucoup envie d’aller faire pipi ?

    S’enquit le petit garçon.

    « Non, là c’est pas pareil. C’est ton corps qui a un besoin, ou plus précisément c’est ta vessie qui t’informe que c’est le moment de la vider. Sinon gare aux dégâts ! A ce moment précis, si tu as une pensée, ce pourrait être celle qui te dit qu’il est urgent d’aller la vider.

    Échange de sourires entendus entre eux. L’ancien reprit :

    « Les gens croient qu’ils sont leurs émotions, car ils disent :

    – Je suis en colère !

    Ou alors :

    – Je suis triste, je me sens coupable.

    Ou encore :

    – je suis tellement heureux !

    « Alors qu’en réalité ce que nous appelons une émotion est un ensemble de ressentis dans le corps et dans la tête. Ce sont des informations qui apparaissent, se modifient, restent quelques temps puis disparaissent. N’as-tu pas remarqué que certaines personnes parfois rigolent beaucoup, et d’un coup – parce que quelqu’un lui a dit quelque chose – se mettent en colère par exemple ?

    « Papa fait souvent ça… annonça le garçon, la mine triste.

    Pour éviter que son petit-fils reste trop longtemps sur cette idée, il continua :

    « Une émotion c’est quelque chose qui bouge à l’intérieur de soi, et qui veut sortir. C’est comme le vent qui fait bouger les feuilles d’un arbre. On ne voit pas le vent, mais on sait qu’il est là parce que les feuilles bougent.

    « On sait qu’une émotion est là – dit le vieil homme en posant sa main sur son cœur – parce que ça fait mal, ou bien parce que c’est agréable. On appelle ça un ressenti.

    « Il faut que tu saches mon petit, qu’une émotion n’est pas dangereuse, jamais. Ce qui peut être dangereux c’est de ne pas savoir, de ne pas comprendre ce qu’il se passe en toi, de ne pas deviner ce qu’elle te raconte à un instant précis et, du coup, de la refuser, la réprimer. Le plus dangereux du plus dangereux, c’est de croire les pensées qui viennent avec une émotion.

    Le regard interrogateur de l’enfant amena l’homme à s’expliquer davantage.

    « Je vais te donner un exemple. Quand Julie te dit le matin qu’elle va venir te voir l’après-midi, à quoi penses-tu ?

    « Je pense que je suis content parce que je me sens bien quand elle joue avec moi. Mais tout de suite je pense aussi qu’après le goûter elle va rentrer chez elle et que je vais me retrouver tout seul. Alors je suis heureux, mais triste en même temps. Pépé, c’est normal ça ?

    « Bien sur que c’est normal ! Les pensées se suivent les unes après les autres, comme des voitures sur une autoroute. Certains jours il y a peu de véhicules, et d’autres fois les routes sont surchargées, voire des bouchons peuvent se créer – et là la pensée se bloque : impossible de réfléchir. ça ne t’es jamais arrivé d’avoir du mal à réfléchir ?

    « Si pépé, surtout pendant les cours de math.

    Grand-père s’esclaffa en claquant la main sur son genou. Reprenant son sérieux il poursuivit :

    « Mais il n’y a pas que les pensées qui fabriquent des émotions, il y a aussi les mémoires. C’est comme le disque dur qui se trouve dans ton ordinateur : il stocke des informations, il enregistre des données (ton travail, les logiciels, les jeux, des images, des sons). Nous portons en nous et autour de nous (le grand-père décrit avec ses deux mains un large cercle autour de l’enfant, l’enfermant dans une bulle) des milliards d’informations, pour la plus grande part inconscientes. Ces informations viennent en partie de ce qu’on appelle la génétique, tu sais quand le papa va voir la maman et qu’ils…

    Lavant la main le garçon coupa la parole de son grand-père.

    « Oui pépé, je sais. On a vu ça à l’école, un cours sur la reproduction sexuelle. Beurk !

    « Bon, alors tu vois ce que je veux dire. Il est important de se rendre compte que dans ce capital génétique il y a les informations de tes ancêtres (les maladies ou au contraire la résistance à certaines maladies, les singularités – comme un nez crochu ou la peau noire, des aptitudes particulières – le côté artistique par exemple). D’autre part il y a tout ce qui te vient de ton éducation. Celle de tes parents, famille, école, religion. Puis tout ce qui découle de tes propres expériences, de ta naissance jusqu’à maintenant tu as engrangé des Tera et des Tera d’informations au travers de tout ce que tu as vu, mangé, senti avec ton nez, tout ce que tu as entendu et ressenti dans ton corps – ça fait vraiment beaucoup ! On peu y ajouter ce que certains appellent les mémoires karmiques, mais ça on en parlera peut-être une autre fois si tu veux.

    Le garçonnet avait les yeux écarquillés. Il réussit à dire :

    « Mais alors, je suis un méga ordinateur !?

    « Oh, tu es beaucoup plus que ça !

    Comme si c’était possible, ses petits yeux s’arrondirent encore plus grand. Il finit par dire :

    « Dis pépé, c’est super tout ça, mais comment je fais moi quand Julie arrive et que je me sens tout bizarre. Des fois j’ai même du mal à répondre à ses questions, j’ai l’air bête ! Et je n’aime pas ça.

    « Tu as raison, la théorie c’est bien joli mais la pratique c’est ce qu’on retient – mémorise – le mieux. Avant de te répondre je voudrais te parler, si tu veux bien – parce que c’est important pour la suite – de ce que c’est l’Attachement.

    « OK pépé. Vas-y. Mais pas trop long s’il-te-plaît parce que Julie arrive bientôt.

    « L’attachement c’est quand on aime quelque chose et qu’on voudrait le garder pour toujours, que ce soit un objet ou une idée. C’est un mouvement naturel en soi qui peut provoquer bien des souffrances et des malheurs, mais qui peut aussi nous sauver la vie.

    « Dis moi, lequel de tes objets tu préfères ?

    « Mon vélo ! Répondit aussitôt l’enfant.

    « Tu es donc attaché à ton vélo. Je suppose que tu en prends soin et que tu le protèges en mettant un cadenas dessus.

    « Oui, bien sur ! Si on me le volait je serais très triste !

    « Alors dis-moi, pourquoi es-tu si attaché à lui ?

    Hésitation.

    « Ben, parce qu’il est beau.

    « C’est tout ?

    Froncement de sourcils de la part d’un enfant qui commence à se demander si son grand-père ne serait pas atteint par Alzheimer. Mais il réfléchit quand même. Un sourire se dessine sur son visage poupin.

    « Je l’aime parce qu’il est beau et qu’il va vite.

    « Mais encore ?

    « Il est beau, il va vite et…

    Ses yeux s’embuèrent soudainement.

    « … et il me permet de m’échapper vite fait quand ça commence à crier à la maison. Alors je pédale fort et j’oublie tout ça en sentant le vent sur mon visage, mes jambes qui forcent, le bruit des pneus sur le chemin et puis j’arrive dans le grand champs de fleurs là-bas – il désigne une direction le bras tendu – et je me couche dedans. Je ne pense plus à rien et je regarde le ciel qui m’éblouit.

    Quelques secondes de silence.

    « Oui, mon Pioupiou, c’est ça. Tu es attaché à ton vélo parce qu’il t’apporte plein de bonnes choses. Mais tu comprends bien que ce n’est pas le vélo en lui-même qui t’apporte quoi que ce soit – c’est juste du métal et du plastique, il est seulement un moyen pour arriver à te sentir mieux. Mais ton mental fait un raccourci en te faisant croire que c’est grâce à lui que tu peux te « mettre au vert ». Et c’est pour cela que tu y es attaché. Pour une idée, une croyance c’est pareil – mais on verra ça plus tard. Il y a tellement de choses à dire sur ce sujet !

    Le garçon parut sceptique mais ne dit rien. De toute évidence il était dans sa tête déjà en train de jouer avec son amie, car ses genoux piaffaient d’impatience.

    Voyant cela le grand-père sourit et lui dit :

    « Allez va la rejoindre ! On reprendra cette conversation quand tu voudras.

    Un « YES » tonitruant surgit de ses lèvres largement souriantes. Il se leva d’un bond et commença à détaler vers les marches d’escalier de sa maison – point de ralliement avec Julie. D’un coup il stoppa net, fit demi-tour et revint vers son pépé, sauta dans ses bras et lui fit un gros bisou.

    « Merci pépé, je reviendrais vite te voir, et … je suis très attaché à toi !

    Éclats de rire, tendresse partagée, soutien mutuel.

    Christian Patouillard

  • La peur de mourir apprend à vivre

    Etre-à-soi-coccinelle

    C’est la situation mondiale actuelle qui m’incite à poser les mots qui suivent.

    Le COVID 19 sévit sur la planète en touchant de plus en plus d’humains, les laissant pantois d’impuissance face à leur souffrance puis à leur mort.

    Certaines personnes ont pu croire être à l’abri de son influence en bravant les recommandations sanitaires officielles en allant sur des marchés bondés de monde, en continuant à aller s’amuser en foule ou ne pouvant se passer de relations amicales/familiales de groupe. Le résultat ne se fait pas attendre : une propagation plus rapide du virus.

    Mais que nous faut-il pour comprendre, pour être plus matures ?

    Depuis bien des années, ce qui m’a le plus appris à aimer la vie c’est la peur de mourir. Cette dernière est inscrite dans nos gènes les plus profonds. Elle est la base de la perpétuation de l’espèce animale.

    J’aimerais aller plus loin sur le concept de peur.

    J’entends par ce mot toutes les sensations qui vont de la simple inquiétude à la frayeur la plus totale. En fait je crois que la peur est un « sous produit » de l’instinct de survie, c’est une émotion issue de l’élan phénoménal de Vie. N’avez-vous jamais observé comment une toute petite plante verte peut parvenir à percer un revêtement de route goudronnée ? Comment un arbre peut-il se tenir debout contre une falaise de granit nu ? Comment un oisillon parvient à percer de son bec mou une coquille d’œuf ? Comment un être humain peut-il continuer à vivre malgré les sévices corporels et psychiques qu’il peut parfois subir ?

    La force de Vie soutient tout, elle donne le souffle et donc le mouvement. Elle organise en donnant formes à la matière et à la non-matière (le mental). Des formes dont le changement s’opère plus ou moins rapidement, mais de manière inéluctable. Il suffit d’observer la nature pour se rendre compte de ce phénomène, et l’Homme a peut-être oublié qu’il est de la nature – il en est le produit. L’Homme est soumis aux mêmes règles que tout ce qui existe, et entres d’autres règles : celle du changement. Autrement dit, à un moment donné il va perdre son corps.

    Les individus qui sont éloignés de leur ressenti corporel de base sont coupés de leur vraie nature. Ce que j’entends par ressenti corporel de base c’est le ressenti de la vivance, et qui n’a rien à voir avec l’idée d’être vivant.

    Je vous propose un petit exercice qui ne durera que 5 minutes. Assoyez-vous de manière confortable mais pas avachie, ou allongez-vous dans un endroit de préférence sans nuisances sonores. Fermez les yeux et portez votre attention sur le sommet de votre crâne, puis au front, l’arête du nez. Prenez conscience de l’air qui passe dans les narines, des lèvres et des dents en arrière, le menton, la gorge…jusqu’aux pieds. Sentez et appréciez tout ce qui apparaît : les picotis de la peau, les vibrations en dessous d’elle, les tiraillements musculaires, les tensions, etc. Faites comme un scanner de tout votre corps, inspectez-en toutes les zones, tous les recoins jusqu’aux organes les plus profonds, les os, la moelle aussi. Ne tenez pas compte des interprétations mentales qui ne manqueront pas de surgir, orientez toute votre attention sur les sensations corporelles UNIQUEMENT. Il se pourrait bien que des émotions fassent leur apparition : laissez les vivre. Si vous parvenez à faire cet exercice au moins une fois par jour (et avec le confinement obligatoire actuel ce sera peut-être plus facile), vous sentirez sans aucun doute que quelque chose de différent va se manifester. Vous allez sentir votre intériorité de manière plus intime, plus forte, plus douce. Vous allez vous réapproprier votre corps, vous allez mieux le comprendre et donc mieux l’aimer. Vous sentirez mieux ce qui est bon pour lui et ce qui peut lui être néfaste.

    Avec le temps votre corps vous paraîtra plus intime, plus sensitif, plus vivant – vibrant.

    Pour ma part, je suis passé plusieurs fois très proche de ce moment où j’ai eu la sensation très nette que tout allait s’arrêter. Ce moment très particulier – différent de tout autre moment – où il y a comme une sorte d’abandon profond qui se manifeste. Une détente, l’ultime détente dans laquelle toute idée de problème disparaît. Il n’y a absolument rien à faire – et rien n’est possible d’ailleurs. Curieusement il y a aussi comme une sorte de joie. Je pense que ceci est lié à cette détente extrêmement profonde. Quelque chose lâche, dans le corps et dans l’esprit, le temps semble suspendu, flotter. Puis les bruits reviennent d’un coup, les sensations fortes et désagréables, les pensées discursives, des émotions peut-être aussi.

    J’ai entendu et lu nombres de témoignages sensiblement identiques à celui-ci. Les personnes qui ont vécu ce genre d’expérience rapportent toutes que cela a changé drastiquement leur façon de vivre leur quotidien.

    Je vous raconte ceci pour dire qu’il y a en nous « quelque chose » qui nous soutient, qui nous porte, qui nous rassure et que j’appelle l’élan de vie. Cette sensation nous dit que la vie est à la fois précieuse et éphémère, importante et non importante, sérieuse et non sérieuse. Le mental a du mal à saisir ces paradoxes apparents, c’est par le vécu sensoriel uniquement que cela peut être compris.

    La situation de crise sanitaire actuelle nous met directement face à la précarité d’une vie que nous croyions éternelle. Mentalement nous savons que nous allons mourir, curieusement nos actes montrent que nous agissons comme si nous n’allions jamais chuter dans la tombe : nous gaspillons presque tout notre temps à nous chamailler entre amis, famille ou pays. Nous consommons des aliments et des substances que nous savons néfastes pour notre organisme. Nous essayons de maintenir en place un égo qui porte atteinte aux autres, à la planète et à nous-mêmes. Nous croyons que nous avons le temps de remettre à demain la responsabilité de nos actes.

    J’espère que beaucoup d’entre nous, grâce à cette peur de souffrir/mourir – auront compris que la vie est précieuse et que nous n’avons pas le temps de mal vivre.

    J’espère que beaucoup auront compris que la santé physique et psychique sont précieux et que nous n’avons pas le temps de ne pas nous en occuper.

    Mais pourquoi perdre autant de temps dans des futilités comme de savoir si nous avons raison ou tort ? Observons simplement dans notre vie quotidienne quels efforts monumentaux nous déployons pour maintenir en place telle ou telle personnalité, ça sert à quoi, à qui ? Pourquoi ?

    Quand je me souviens que le moment que je suis en train de vivre pourrait être le dernier – ou peu s’en faut – cela permet à beaucoup de mes peurs de s’envoler, mais sans toutefois m’abstraire de la responsabilité de mes actes, bien au contraire !

    Sentir, penser et agir avec cet élan magnifie ma vie à chaque instant.

    Le souvenir de ma fin potentiellement proche donne de la consistance à ma vie dans l’instant, de la force à mes actes, de l’intensité à mon plaisir, de la profondeur et de la sincérité à mes relations.

    Qu’en est-il de votre expérience ou de vos idées sur ce sujet ?

    Je serais heureux que nous partagions.

    Christian Patouillard