La beauté du monde ne se dit pas…

fleur-de-lotus

La beauté ne se voit pas, elle se ressent.

La vue est un outil qui permet de véhiculer une image qui est « dehors » vers le « dedans », à l’intérieur de nous. Nos yeux, grâce à la lumière, captent des formes et des couleurs, ensuite vient l’alchimie sensorielle et conceptuelle. Je ressens quelque chose d’agréable, puis je le nomme : « quel merveilleux coucher de soleil ! ».

L’inverse est aussi possible. Par exemple : « je me réjouis à l’avance de ce spectacle ! ». Je pense un futur agréable et en ressens du bien-être. Tout en ne sachant pas, bien entendu, comment sera ce futur.

Les mots sont fantastiques car, grâce à eux nous pouvons échanger, partager, expliquer ce que l’on ressent, apporter de la joie – mais aussi de la peine.

L’enfant apprend très tôt à manipuler des concepts grâce au verbe, il dit ce qu’auparavant il exprimait essentiellement avec des émotions. Ces mots sont acquis par la corrélation entre une image (le mot écrit), un son (le mot prononcé) et un concept (ce que désigne ce mot, ce qu’il pointe, ce qu’il représente). Un concept, par définition, est quelque chose qui n’existe pas. Par exemple la LUNE n’existe pas. Il y a bien un objet qui paraît rond, suspendu dans le ciel et qui brille tout particulièrement la nuit. Par convention, nous avons appelé cette chose LUNE et en avons une image mentale sans être obligé de la désigner du doigt pour pouvoir en parler.

Mais il y a quelque chose de très important qui colle aux mots, c’est l’affect – dans l’affect je place aussi l’intention quand un mot est dit ou reçu, ainsi que l’intonation de la voix et le langage corporel. Et c’est ici que les choses se compliquent sérieusement. Comme de la glue, une mémoire affective imprègne presque tous les mots que nous connaissons et viennent en déformer le sens d’origine. Prenons par exemple le mot RAISON.

Les définitions communes sont :

- Faculté propre à l'homme, par laquelle il peut connaître, juger et se conduire selon des principes : La raison considérée par opposition à l'instinct.

-  Ensemble des principes, des manières de penser permettant de bien agir et de bien juger : Une décision conforme à la raison.

- Ensemble des facultés intellectuelles, considérées dans leur état ou leur fonctionnement normal : N'avoir plus toute sa raison.

- Ce qui explique, justifie un fait, un acte : Connaissez-vous la raison de son départ ?

Jusque là tout va bien, on peut plus ou moins s’accorder sur ces concepts. Mais quand un souvenir (bien souvent inconscient) vient teinter de sa couleur particulière un mot, il en déforme bien presque tout le temps son sens d’origine. Pour garder cet exemple avec le mot RAISON, qui n’a pas déjà dit qu’il A RAISON ? Que c’est sa manière de penser qui est la bonne, et qu’il va la défendre ?  Cette RAISON ne servirait-elle pas à justifier des principes intéressés, et jugés comme bons pour l’imposer à d’autres ? Quelles peurs se cachent derrière le mot RAISONNABLE, surtout pour une personne qui voudrait qu’une autre le soit ?

Autre exemple : « je t’aime ». Deux petits mots qui peuvent faire déplacer des montagnes : curieux n’est-ce pas ?

Ou alors : « je t’aime si… ».

Encore mieux, ajoutons un autre mot à la proposition précédente : « je ne t’aime pas ». Qu’est-ce que cela évoque pour vous en termes de souvenirs, d’émotions ?

 

Ne pourrait-on rester juste avec les mots, simplement ? Non, bien sûr. Touts petits déjà nous avons été formatés à mélanger le sens des mots avec un contenu psychologique parfois lourd.

Ainsi, avec les mêmes mots nous pouvons à la fois soigner et blesser un esprit. Cela dépend du contexte de la situation dans laquelle ces mots sont entendus, cela dépend de notre état physique (fatigue) et moral du moment, de notre état psychologique mais aussi de l’état de nos peurs, nos attentes, nos besoins, de la forme de notre éducation, de notre religion, etc.

Le mot LUNE pourrait aussi bien vous faire surgir un sentiment de bien être (souvenir d’une ballade nocturne amoureuse), qu’une sensation désagréable (après la ballade, mon amour est parti avec un.e autre).

Mais sans doute saviez-vous déjà tout cela, et c’est pour cette raison que vous êtes très attentifs à ce que vous dites, comment vous le dites et à qui vous le dites car vous savez la portée psychologique que peuvent avoir les mots. Et vous le savez d’autant plus que vous souffrez de ces mêmes mots, de ces maux dits.

Entre autres, voici quelques petites astuces qui s’offrent  à ceux qui ont compris comment le mental fonctionne.

  • Si quelqu’un que j’apprécie – ou que je n’aime pas me dit : « tu es un imbécile ! » La première astuce est d’essayer de se concentrer sur le son des mots prononcés, et uniquement sur leur sonorité. Au bout de quelques essais vous vous rendrez compte que ces mots sont vides.

Si une émotion survient : écoutez-la, elle parle de ce dont vous avez peur.

  • Une autre astuce est de faire préciser par cette même personne ce qu’elle veut dire par IMBECILE. Proposez-lui de se clarifier car vous ne comprenez pas ce qu’elle veut exactement vous faire passer comme message.

 

  • Nous avons cette curieuse capacité à couper le son qui arrive à nos oreilles. Si notre esprit est très occupé à faire quelque chose, on peut n’entends pas quand quelqu’un nous parle, parfois même on ne le voit plus (surtout quand on est très préoccupé).

Focalisez donc toute votre attention sur le corps de la personne, ses gestes, l’expression et la couleur de son visage, ses habits. Puis étendez votre attention sur les objets qui se trouvent dans la pièce, leur couleur, forme, etc. Ceci est un exercice et non une fuite de la réalité, bien au contraire. Je parie qu’habituellement, dans une situation analogue vous seriez la proie d’une émotion assez vive. Là il ne s’agit pas d’évincer l’émotion, mais de lui montrer que sa venue est basée sur des faits non réels. Car un imbécile, ça n’existe pas dans la nature !

 

  • Si votre cœur est plutôt calme (et uniquement dans cette condition) face à une “insulte“, essayez de deviner ce qui se cache derrière l’invitation de la personne. Non pas intellectuellement, mais essayez de vous mettre dans sa peau pour peut-être percevoir l’inquiétude qui l’a poussé à vous parler de la sorte. Que cherche t-il vraiment à dire ?

 

Ce ne sont que quelques trucs qui auront  la valeur que vous leur accorderez seulement  par une pratique répétée.

Tout ça pour dire que la beauté ne se vit pas en termes de concept – ceci est beau parce que tels critères de beauté sont remplis.

 

La beauté ne se voit pas, elle se ressent dans le corps.

Un jour particulier j’ai vécu une relation intense avec une toute petite fleur, elle m’a appris ce que pouvait être la beauté.

Sans verbe elle m’a invité à écouter mon cœur, sa présence et la mienne étaient la même.

Elle était, juste par l’éclat de la blancheur de ses pétales, témoin  de l’instant qui jamais ne meurt. Mon esprit absent de mots s’est écroulé sous la joie d’une émotion intense qui jamais ne m’a quittée.

Simplement là, sans efforts pour justifier qui que ce soit.

La beauté du monde ne se pense pas, ne se dit pas, elle se vit.

Alors, peu à peu la peur de vivre s’en va.

Et l’Espace se répand au-dedans, où il a toujours été.

Christian Patouillard

sakura en fleurs

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1 réponse

  1. Cuesta dit :

    La beauté de l’invisible se voit des l’instànt ou je sais l’écouter.
    La beauté est partout ce sont nos yeux qui manquent à la regarder. (Rodin)

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